À quatre heures de vol d’un voyage à Tahiti, l’archipel des Marquises – inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – se dresse en forteresses de basalte sculptées par l’océan. Ici, pas de lagon protecteur : falaises abruptes, caps battus par la houle et vallées profondes composent un décor monumental que les anciens appelaient la “Terre des Hommes”.
Un voyage aux Marquises s’adresse donc aux voyageurs en quête d’émotion brute : gravir des crêtes rouge sombre, approcher des chevaux sauvages dans les plateaux herbeux, écouter le tambour résonner au pied des tikis géants.
L’archipel compte six îles habitées, chacune gardienne d’un tempérament singulier. Les deux îles princaples étant Nuku Hiva et Hiva Oa. On vient sur Hiva Oa pour suivre les pas de Paul Gauguin et de Jacques Brel, sur Nuku Hiva pour s’élancer en 4×4 puis à pied vers les hautes cascades d’Hakaui.
Hiva Oa : sur les traces de Gauguin
Capitale artistique des îles Marquises, Hiva Oa happe tous les primo voyageurs aux Marquises. À Atuona, le Centre culturel Paul Gauguin présente des reproductions de ses toiles, des maquettes de sa « Maison du Jouir » et un court métrage retraçant ses dernières années dans le Pacifique. Un sentier bordé de fleurs mène ensuite au cimetière du Calvaire, perché au-dessus de la baie d’Atuona : les tombes de Gauguin et de Brel y reposent côte à côte, face à l’océan qu’ils contemplaient chaque soir.
Au-delà de ce pèlerinage, l’île révèle l’une des expressions les plus puissantes de la culture tiki. Dans la vallée de Puamau, le site archéologique de Lipona regroupe cinq immenses tikis de basalte. Les guides locaux aiment raconter les rites guerriers et funéraires autrefois célébrés sur ces paepae de pierre sèches.
Nuku Hiva et les chevaux en liberté
Deuxième plus grande île à visiter lors d’un voyage en Polynésie, Nuku Hiva déploie de profonds cirques volcaniques, des plateaux d’altitude tapissés d’herbe et des cascades de plus de 300 mètres. Le chemin le plus emblématique relie le village de Taiohae à la vallée d’Hakaui : après une courte navigation jusqu’à la baie de Hakatea, un sentier ombragé serpente parmi manguiers et banians avant de remonter la rivière jusqu’à la cascade Vaipo et un voile d’eau visible à près de dix kilomètres.
Pour embrasser l’île dans toute sa démesure, les éleveurs marquisiens proposent des randonnées à cheval sur les crêtes herbeuses dominant les vallées de Taipivai. Montures robustes et calmes avancent au pas tandis que le guide raconte les exploits des guerriers autrefois tatoués en signe de prestige. Au détour d’un belvédère, la baie d’Anaho surgit, ourlée d’une plage noire intacte.
Culture tiki et arts marquisiens

Partout dans l’archipel, la culture tiki se lit dans la pierre, le bois… et la peau. Les artisans de Nuku Hiva et de Hiva Oa taillent encore des statues en miroirs. Au marché d’Atuona, tikis de trente centimètres côtoient massues finement gravées, tandis que les ateliers de la vallée de Hakaui exportent leur artisanat vers les galeries du monde entier.
Tous les quatre ans, le Matavaa Festival des Arts marquisiens réunit les six îles autour de chants polyphoniques, danses guerrières, concours de sculpture sur os et démonstrations de tatouage traditionnel. Le tatouage est ici un marqueur identitaire : volutes sombres courant du visage aux chevilles, chacune porte l’histoire du clan et de l’île de son porteur.
Croisière cargo Aranui : le fil d’Ariane des Marquises

Embarquer pour une croisière Aranui revient à suivre la route qu’emprunte, depuis près de quarante ans, le cargo-mixte qui ravitaille les six îles habitées des Marquises. Départ de Papeete, escale snorkeling à Fakarava, puis tour complet de l’archipel des Marquises avant le retour via Rangiroa. Chaque île réserve un accueil traditionnel, tandis que l’équipage polynésien anime les soirées par des chants et ateliers de tressage.
En journée : randonnées, visites et démonstration de sculpture sur bois. Le soir : conférences sur la culture tiki ou observation céleste depuis le pont arrière, loin de toute pollution lumineuse.
Ainsi, la croisière cargo Aranui assure bien plus qu’un transport : le privilège de vivre les Marquises au rythme de leurs habitants.
Ua Pou et Ua Huka : les secrets les mieux gardés des Marquises

Au loin, découpant l’horizon d’un bleu éclatant, les aiguilles volcaniques de Ua Pou surgissent comme des flèches de basalte, droites, puissantes, fièrement dressées vers le ciel.
Ua Pou dévoile un décor spectaculaire à contempler aussi bien depuis les crêtes montagneuses, où les vallées plongent à pic dans l’océan, que depuis les flots, en longeant la côte sauvage en bateau. Là, falaises sculptées, grottes marines et plages de sable blanc se succèdent comme un chapelet d’îlots de silence et de beauté brute.
Une piste côtière carrossable fait le tour de l’île. Elle mène à l’un des joyaux d’Ua Pou : la baie d’Honoi, à la fois austère et envoûtante, pavée de galets noirs et de sable sombre, baignée d’un calme étrange qui semble suspendre le temps.
En forme de croissant, comme si la lune elle-même avait choisi de se poser sur l’océan, Ua Huka est quant à elle l’une des plus petites îles des Marquises. Une partie de son ancien volcan s’est effondrée, laissant la caldeira s’ouvrir à la mer, créant un paysage dramatique, sculpté par les vents et le silence.
Les montagnes, escarpées, sont couvertes d’une végétation dense et battue par les alizés. Des chèvres et chevaux sauvages, silhouettes libres et fières, traversent parfois l’unique route qui serpente sur les hauteurs.
Ua Huka est aussi terre de mémoire. L’île abrite certains des plus anciens vestiges archéologiques de Polynésie et veille sur une biodiversité rare et précieuse, à commencer par le lori des Marquises.